Aucune entrée lexicale officielle dans les grands dictionnaires ne consacre un nom spécifique pour qualifier deux conjoints sans descendance. Même le Code civil, en énumérant les statuts familiaux, contourne l’existence d’un terme dédié. Pourtant, la langue française propose des formulations approchantes, mais rarement unanimement admises par les linguistes. Les usages varient entre technicité administrative, tournures descriptives et expressions parfois contestées.
Quand le couple sans enfants interroge la langue française
Le vocabulaire familial ne laisse guère de place au couple sans enfants. Les textes juridiques comme les analyses de l’INSEE évitent soigneusement de créer un mot distinct, alors même que le nombre de foyers concernés augmente d’année en année. L’administration, fidèle à sa rigueur, utilise le terme ménages sans enfant : fonctionnalité d’abord, chaleur humaine à la marge.
Dans la vie quotidienne, les expressions flottent mais ne s’allègent pas : couple sans enfant, couple sans descendance, parfois ménage sans progéniture. Il faut souvent plusieurs mots pour suggérer une réalité vaste et variée. Derrière cette absence d’enfant, mille situations se glissent : décision assumée, impossibilité, chemins inattendus. Résultat, la langue française oscille, multiplie les circonvolutions, et finit par brouiller l’évidence.
Les statistiques sociales conservent le critère « sans enfant » pour attribuer des droits, fixer des plafonds ou délivrer un bail, en considérant le revenu fiscal. Mais lorsque surgit la dimension intime du couple, les mots manquent toujours. Entre familles recomposées, unions sans volonté de parentalité ou conjoints survivants, le vocabulaire peine à suivre, révélant la limite des terminologies classiques.
Si cette hésitation intrigue, c’est qu’elle trahit la difficulté à nommer ce qui ne cadre pas avec la famille dite traditionnelle. Couples mariés, pacsés ou non, avec ou sans enfant, la société réelle échappe aux étiquettes prémâchées d’un lexique qui refuse d’évoluer au même rythme.
Quels mots et expressions existent pour désigner un couple sans enfants ?
Face au vide lexical, la langue française préfère détailler que créer. Les formulaires officiels, comme ceux de l’INSEE ou de l’administration fiscale, recourent à ménage sans enfant ou couple sans enfant, des expressions efficaces mais sans chaleur.
L’usage courant propose quelques variantes, qu’on rencontre dans les discours ou les écrits administratifs. Voici les principales tournures utilisées :
- couple sans enfant
- couple sans descendance
- ménage sans enfants
- Et, plus rarement, double revenu sans enfant
Ce dernier terme, double revenu sans enfant, relève du jargon économique : il désigne deux personnes qui partagent un foyer et additionnent leurs ressources, sans enfant à charge. On le retrouve notamment dans le calcul du revenu fiscal de référence ou pour l’accès à certains dispositifs sociaux. Un qualificatif pragmatique, mais pas un nom de situation.
Chaque formulation, en définitive, sonne comme un compromis. Nulle part de mot unique, ni d’expression pleinement satisfaisante. L’évolution des modes de vie se heurte à la prudence du vocabulaire, incapable de saisir la diversité des expériences. Qu’il s’agisse de mariage, pacs ou union libre, la rigidité du langage ne rend pas justice à la réalité mouvante des parcours.
Entre anglicismes et néologismes : l’influence des modes de vie contemporains
Les styles de vie changent, la langue suit, parfois à contretemps. L’administration campe sur ses formulations figées, alors que d’autres mots s’invitent dans le quotidien. Le sigle DINKS (Dual Income, No Kids) fait ainsi surface dans certaines entreprises et cercles urbains. À deux revenus, sans contrainte parentale : ce profil intéresse les acteurs économiques, qu’ils soient du secteur bancaire ou immobilier. Il s’agit d’une étiquette importée plus que d’une création française, mais elle traduit un nouvel usage.
On remarque aussi, dans certains groupes militants ou spécialisés, la naissance de termes nouveaux :
- SEnVol pour « sans enfant volontaire »
SEnVol revendique le choix individuel, loin des jugements ou des théories de manque. Ce terme assume une vision où les chemins de vie s’affirment sans référence automatique à l’enfant, et entendent défier l’uniformité du modèle familial traditionnel.
Si ces mots restent marginaux, ils marquent tout de même l’adaptation du langage à la pluralité des familles et à la valorisation des trajectoires individuelles. La question du nom d’un couple sans enfants révèle le rapport à la famille, à la place de l’enfant et, plus largement, au droit d’être désigné sans pour autant être assimilé à une absence.
Nuances et subtilités : ce que révèle le vocabulaire autour des couples sans descendance
Le Code civil ne s’est pas risqué à inventer un mot pour désigner un couple sans enfants. Cette absence laisse la main aux pratiques sociales, mais elle montre aussi que la famille, dans la loi comme dans l’imaginaire collectif, continue de tourner autour de l’enfant. Quand un conjoint survivant hérite, la descendance s’inscrit comme critère majeur, et le vocabulaire juridique ne retient que la logique du sang ou du mariage. Beau-enfant, adoption simple, succession : tout est encadré, rien n’existe pour dire ce qui ne se transmet pas.
L’administration s’en tient à des formules neutres : « personne seule » ou « couple sans enfant à charge », le plus souvent pour définir un plafond de ressources ou les critères d’attribution d’un logement (pour la signature d’un bail ou le calcul du revenu fiscal de référence). Ce ne sont là que des outils d’ajustement documentaire, qui laissent dans l’ombre l’ensemble des choix individuels. Qu’il soit marié, pacsé ou en union libre, chaque couple sans descendance est réduit à l’application stricte de la loi.
On retrouve la même logique dans le droit patrimonial : donation, testament, assurance-vie. Les mesures telles que la loi Pinel, la loi Denormandie ou la loi de finances 2025 n’opèrent aucune différence de fond entre couples avec ou sans enfants, à l’exception de critères chiffrés. Ici, la règle surplombe encore les mots, et l’angle mort dans le langage demeure.
En l’absence d’un terme qui fédère, le couple sans enfant reste aux confins du dictionnaire, pris entre gestion administrative et réalité du quotidien. Pendant que la langue tâtonne, les histoires continuent, fil particulier tissé dans la diversité des existences.

